Entretien avec une Proviseure de lycée
La Proviseure d'un lycée classé ZEP (Zone d'Education Prioritaire) a accepté de nous rencontrer pour un entretien durant lequel elle nous fait part de ses remarques:
« L’alcool a pris le relais par rapport au shit… il s’est banalisé ». Chaque année, des interventions destinées à sensibiliser les jeunes sont réalisées au sein de l’établissement scolaire ; celles-ci portent sur la sexualité et les conduites addictives en générales et sont menées par le CRIPS (Le réseau CRIPS est un réseau national de compétences pour le traitement de l'information et de la documentation sur le VIH/sida, les hépatites, les usages de drogues et les conduites à risque des jeunes). Selon Madame la Proviseure, bien que la présence de chaque élève à ces interventions soit obligatoire, les jeunes sont « assez réceptifs » aux informations qui leur sont apportées ; selon elle, la venue d’intervenants auprès des jeunes est une méthode d’approche ayant plus de chance d’influer sur leur comportement, que les campagnes publicitaires qui elles, ne lui semblent « pas trop efficace ».
Madame nous fait pourtant part d’un évènement s’étant produit au cours de l’année dernière : a 8h, heure à laquelle débute les premiers cours de la journée, 8 jeunes (dont 6 étaient des filles) sont arrivés complètement ivres, incapables de marcher jusqu’à leur salle de cours. Ils ont été amenés aux urgences, certains en état de coma éthylique. Les témoignages ne manquent pas : « le médecin scolaire dit avoir déjà vu un élève boire du Pastis pur sur le chemin qui le menait au lycée ».
Au cours de cet entretien, Madame la Proviseure nous fait part de la nécessité d’être toujours vigilent, surtout face aux techniques dont ont recours les lycéens. La Principale nous rapporte ainsi une anecdote s’étant produite dans l’année : à l’heure de la cantine, un surveillant circulant près d’une table de jeunes, a senti une forte odeur d’alcool ; s’approchant d’eux, il a compris que leur bouteille d’eau d’apparences ordinaires, contenaient non pas de l’eau mais du rhum blanc. Cet évènement n’est pas un fait isolé : cadavres de bouteilles retrouvés dans les buissons / derrière les bâtiments, lycéens ramenant une bouteille de rosée au cours du repas… « L’équipe éducative est très alertée par ce type de comportement ».
Lorsque nous lui demandons combien de fois, en moyenne, un enseignant rencontre un problème d’alcool chez un élève, Madame nous répond « une dizaine de fois par an » et précise que « pour un établissement regroupant plus de 2 000 élèves, ce chiffre reste peu élevé ».
Nous soulignerons ici la méthode préventive et soucieuse de la santé des élèves adoptée par cet établissement scolaire : Madame la Proviseure nous expliquant qu'écoute et suivi seront toujours privilégiés au répréssif.