Quelques données statistiques :
La Directrice de recherche à l'unité de santé des adolescents de l'INSERM, Marie Choquet, (épidémiologiste française) a reconnu une augmentation régulière de la consommation d’alcool chez les jeunes. Et pour cause : l’alcool est le produit le plus expérimenté par les jeunes.
En 2007, seulement 9 % des élèves de 16 ans (soit moins d’1 élève sur 10) déclarent n'avoir jamais pris ni alcool, ni tabac, ni cannabis au cours de leur vie.[1]
88 % des élèves de 16 ans ont goûté à l’alcool au moins une fois dans leur vie et 13 % (soit 1 élève sur 8) déclarent avoir des ivresses régulières, c'est-à-dire, consommer de l’alcool au moins dix fois au cours des trente derniers jours. Les hospitalisations des jeunes pour excès d'alcool ont doublé depuis 4 ans.
Ce phénomène en expansion concerne deux fois plus les garçons que les filles, bien que celui gagne du terrain auprès du sexe féminin. Un comportement amplifié par l'arrivée sur le marché français de boissons énergisantes comme la fameuse "Red Bull" que les jeunes consomment volontiers avec des alcools forts.
Pendant le week-end les jeunes boivent en majorité de la bière. C'est ce qu'ont répondu 55,7 % d'entre eux. (Bières, champagne et alcools forts sont les boissons les plus populaires.)
Une enquête sur les lycéens et l’alcoolisme a été réalisée dans les lycées de l’arrondissement de Cholet. Elle concerne 4 264 élèves de quatre établissements publics et cinq établissements privés. Les données chiffrées ressortant de cette enquête reflétant la moyenne nationale, il nous semble intéressant d’observer quelques réponses données aux questionnaires par les lycéens :
« À quel âge avez-vous goûté de l'alcool pour la première fois ? » À cette question ils sont 4 sur 10 (soit 44,4 %) à répondre à 14-15 ans, 1 sur 4 (25 %) à 12-13 ans, 17 % à plus de 15 ans et 13,3 % à 10-11 ans
« Avez-vous consommé de l'alcool durant les six derniers mois ? » : 2 jeunes sur 3 (soit 63 %) reconnaissent en avoir bu en sortie le week-end, 26 % deux à quatre fois, 25,8 % dans le cadre familial.
Cette enquête nous donne également un aperçu des notions acquises ou non par les jeunes en ce qui concerne l’alcool :
A la question piège "Une dose de whisky contient-elle plus d'alcool qu'un verre de bière?", 50.5% répondent oui, 49.5% non. Or, il existe la même quantité d'alcool dans une bière et dans une dose de whisky servies dans un bar.
Par ailleurs, plus de 8 jeunes sur 10 (soit 83,5 %) sont bien au courant de la loi puisqu'ils ont répondu que le taux maximum d'alcool toléré au volant est de 0,5 gramme par litre de sang. Ils sont 15,5 % à penser que la loi est plus sévère et que le taux toléré est de 0,30 %. Seulement 1 % imagine que le taux est de 0,80 % par litre.
Ils savent également que les effets de l'alcool varient en fonction du sexe, du poids, du fait d'être ou non à jeun
En revanche, ils sont deux sur trois (soit 60 %) à penser qu'un homme qui boit 3 verres d'alcool par jour met sa santé en danger et 9,1 % pour 6 verres. En fait, la réponse attendue était quatre verres (30,8 % des élèves ont répondu correctement à cette question).
Ainsi, la prévention doit aussi faire face à de nombreuses prénotions concernant l’alcool : «Il n’est jamais ivre, ce n’est donc pas un alcoolique», «Il faut boire tous les jours pour être alcoolique», «Dilué avec un soda ou avec des glaçons, l’alcool est moins fort », «Les drogues, c’est pire»… Ces concepts erronés sont risqués ; les jeunes prennent ses dires pour des acquis et ont moins conscience des risques qu’ils encourent.
Marie CHOQUET déclare qu’« Il faut arrêter de dire que tous les jeunes sont des "binge drinkers" » ; « seuls » 3 % des élèves disent avoir bu 5 verres ou plus en une même occasion au moins 10 fois en 1 mois. Ils restent tout de même 39 % à avoir bu 5 verres ou plus en une seule occasion au cours des 30 derniers jours...
En outre, la dernière enquête réalisée par l'Escapad [2] souligne un accroissement certain des conduites d'alcoolisation massives : les hospitalisations pour ivresse auraient augmentées de 40% depuis 2004 chez les 15-24 ans, mais aussi dans les urgences pédiatriques, c'est-à-dire pour les 12-13 ans [3]. Les années collège représentent la période pendant laquelle se met en place et s'intensifie la consommation d'alcool.
Notons aussi que –toujours selon cette même enquête– 50 % des garçons et 31% des filles ont le sentiment d’avoir trop bu au cours des 12 derniers mois.
[1] Les statistiques sur lesquels nous nous appuyons proviennent en grande partie de l’Espad (European school survey on alcohol and others drugs), enquête internationale réalisée en France en 2007 dans 202 établissements scolaires auprès de 2 800 élèves. Lancée pour la première fois en 1999, elle a lieu tous les quatre ans.
[2] Enquête sur la santé et les consommations des jeunes lors de la hjournée d'Appel à la Défense
[3] L'ivresse étant ici définie comme un état suffisament alarmant pour que les secours soient prévenus